Symposium de MedCamBel du 5 mai prochain a Bruxelles: le Dr kAMTO FOTSO Christian Saurel vous donne rendez-vous le 05 mai 2018 au campus arasme pour discuter de toutes vos questions.

Lui c’est le Dr. kAMTO FOTSO Christian Saurel, gynécologue obstétricien. Il travaille à la clinique de fertilité de l’Hopital Erasme à Bruxelles, et à la maternité des Dix Lunes au Centre Hospitalier EpiCURA, site d’Ath. Il exerce également en cabinet privé. Entre deux patients, il a acceptéde répondre à nos questions.

Bonjour Docteur, au cours du symposium MEDCAMBEL du 5 mai prochain, vous parlerez de la Prise en charge de l’infertilité. De quoi s’agit-il effectivement?

L’infertilité de couple est définie comme l’absence de conception dans de couple, après 12 mois de rapports sexuels fréquents, et sans moyen de contraception.

Parlant justement de ces sujets, le Cameroun comme la plupart des pays africains est caractérisé par un taux de natalité relativement élevé. Est ce que ces indicateurs démographiques cachent-t-ils le drame de l’infertilité que vivent plusieurs couples ?

Ma réponse est unilatérale et sans réserve: OUI, l’infertilité de couple est un vrai fléau en Afrique, malgré la natalité élevée. Je m’explique: tandis que dans le monde le taux d’infertilité est estimé à 10-16%, en Afrique, ont est entre 15-30%. Le Dr. Gwet Bell Ernestine, une des pionnières de la Procréation Médicalement Assistée a d’ailleurs publié un article récemment sur le vécu de l’infertilité par les couples en Afrique.

A cause des représentations sociales et culturelles que les sociétés africaines se font du mariage et de la procréation, la stérilité est vécue comme une fatalité. Qu’en pensez-vous?

C’est une réalité chez nous en Afrique! La procréation est le but ultime du mariage, base de la famille, et donc de la société. Du coup l’infertilité du couple est considérée comme l’échec du mariage! c’est une interprétation archaïque et erronée de notre société traditionnelle post coloniale. En effet, dans la société traditionnelle originelle, l’adoption était conçu comme une option en cas d’infertilité du couple ou même la polygamie, si la cause était féminin! En cas d’infertilité de couple pour des facteurs masculins, il n’était pas rare de voir le couple faire recours à un donneur de sperme connu (le mari laissait sa femme concevoir avec un ami ou un frère!). De nos jours, beaucoup de ces notions sont perdues, et les repères sociaux et sociétales avec…et c’est bien dommage!

En Afrique, c’est très souvent sur la femme que sont déversés tous les péchés liés à l’infertilité…

C’est une autre dérive de notre société. Tout est la faute de la femme, on met une pression énorme sur elle, souvent on la pousse à accepter une ou des coépouses, et ce n’est qu’après échecs répétés du mari qu’on comprend que peut-être le problème n’était pas la ou les femmes! Quel gâchis quand on sait qu’un simple spermogramme aurait épargné tout ça, et permettre au couple de réfléchir aux alternatives! (même économiquement c’est pas intéressant! un spermogramme coûte beaucoup moins que la dote d’une ou plusieurs femmes! -rire-)

Comment constate-t-on l’infertilité chez un sujet?

Premièrement en observant: si après 1 an de rapports sexuels fréquents madame n’est pas enceinte, il faut consulter un médecin spécialiste de l’infertilité de couple. Il prescrira alors un bilan, aux 2 sujets du couple: un spermogramme pour monsieur, une échographie pelvienne et une radio des trompes chez madame. Puis on avance avec les examens sanguins chez les 2 sujets du couple, pour exclure les infections, et évaluer les hormones de madame. un prélèvement vaginale est également fait chez Mme pour exclure toute infection. Et de fil en aiguille, on avance dans le processus diagnostique. Si on trouve une cause (infection, fibrome, etc..) on peut traiter médicalement ou chirurgicalement. (la suite sera exposée au symposium….-rire-)

Existe t-il aujourd’hui au Cameroun une structure qui permet aux couples angoissés par la procréation de concrétiser leur désir d’enfant?

Oui, à ma connaissance, 2 structures privées à Douala, des 2 pionniers de la Fécondation In Vitro (FIV) au Cameroun, le Dr. Guy Sandjon (qui sera d’ailleurs présent au symposium du 5 mai prochain), et le Dr. Gwet Bell Ernestine que j’ai cité plus haut. Et une structure publique à Yaoundé, le CRAHCERH. Toutefois, les coûts ne sont pas à la portée du camerounais moyen!!! Entre 1 et 1,5 millions de Francs CFA par cycle; avec des taux de succès autour de 35% par cycle en dessous de 36 ans, et decrescendo avec l’augmentation de l’âge! Donc ça marche 1 fois sur 3 en dessous de 36 ans, et moins au dessus de ce seuil d’âge! (Ces chiffres sont les chiffres Européens, car nos chiffres au Cameroun sont difficilement accessible! Du moins, je ne les ai pas trouvé!)

Nous constatons également Docteur qu’en Afrique dans la quête effrénée de l’enfant. Le recours aux prières est régulier dans certains ménages, idem pour des consultations chez des Marabouts, guérisseurs traditionnels, bains et mets spéciaux, privations alimentaires. Quels conseils pouvez-vous prodiguer à ceux-là ?

Le recours à ces pratiques exotériques ou mystico/magico-religieuses n’est pas seulement l’apanage des couples à la quête effrénée d’un enfant, mais c’est l’usage courant dans une société polluée d’ignorance et en manque de repères culturels. C’est ce qui se voyait dans l’Europe moyenâgeuse, seulement que nous sommes en 2018, et on le voit encore chez nous. Loin de moi l’idée de nier l’efficacité d’une médecine alternative (homéopathie, acupuncture, hypnose, sophrologie, etc. et j’en oublie d’autre !), ce serait trop prétentieux de ma part ! Toutefois il faut rester cohérent et suivre une logique.                        Je suis un médecin de la médecine cartésienne, et je me limite à ça. Mon conseil sera donc de consulter un médecin spécialiste en infertilité, car en perdant du temps chez les marabouts, parfois on arrive tard à l’hôpital ! Et en infertilité, au-delà de 1 an, le temps n’améliore plus les choses ! Il faut faire des examens pour comprendre pourquoi la grossesse n’arrive pas, et agir pour aider le couple à obtenir la grossesse.

Un dernier à l’intention de nos lecteurs

Aux patients : après 1 ans sans grossesse, consulter un médecin spécialiste de l’infertilité. Le temps sera votre allié si vous y allez tôt ! Sinon ce sera tard, et il peut s’avérer nécessaire de devoir faire recours à un don d’ovocyte !

Aux autorités législatives : nous sommes 20 ans après la 1° naissance par FIV au Cameroun, et il n’y a toujours aucune loi pour réglementer la procréation Médicalement Assistée au Cameroun. Il serait grand temps de s’y pencher. Je vous donne rendez-vous le 05 mai 2018 au Campus Érasme pour discuter de toutes vos questions

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